CCMI : peut-on facturer des frais en plus du prix forfaitaire ?
Le contrat de construction de maison individuelle avec fourniture de plan (CCMI) constitue l’un des contrats les plus strictement encadrés par le Code de la construction et de l’habitation.
Ce régime spécifique a pour finalité d’assurer une protection renforcée du maître d’ouvrage, notamment par l’instauration d’un prix forfaitaire, ferme et définitif, destiné à sécuriser le coût global de l’opération de construction.
Dans la pratique, cette protection est toutefois fréquemment remise en cause. De nombreux maîtres d’ouvrage se voient réclamer, parfois en cours de chantier, des sommes supplémentaires présentées comme nécessaires à la poursuite des travaux. Ces demandes peuvent concerner des adaptations au sol prétendument imprévues, des options qualifiées d’indispensables, des frais administratifs non anticipés ou encore des surcoûts techniques invoqués postérieurement à la signature du contrat. Elles interviennent souvent dans un contexte de contrainte, le refus de payer étant susceptible d’entraîner un ralentissement, voire une interruption du chantier.
Ces situations soulèvent une interrogation essentielle : dans quelles conditions un constructeur de maison individuelle est-il fondé à s’écarter du principe du prix forfaitaire fixé par le CCMI ? Plus largement, quelles sont les limites posées par le Code de la construction et de l’habitation à toute modification du prix convenu, et dans quels cas les facturations supplémentaires doivent-elles être regardées comme irrégulières ou abusives ?
La jurisprudence rappelle de manière constante que le constructeur supporte, sauf exceptions strictement encadrées par les textes, les risques techniques et financiers inhérents à l’opération de construction. La méconnaissance de ces règles expose le constructeur à des sanctions civiles et ouvre au maître d’ouvrage plusieurs voies de recours, tant amiables que contentieuses.
Le présent article a pour objet d’analyser les conditions dans lesquelles le prix d’un CCMI peut, ou ne peut pas, être modifié. Seront examinés le principe du prix forfaitaire, les hypothèses limitatives de révision admises par le droit positif, les pratiques contractuelles contestables, ainsi que les recours ouverts au maître d’ouvrage en cas de facturation indue.
Sommaire :
- I. Rappel : qu’est-ce qu’un CCMI et quel est son cadre légal ?
- II. Les cas où le constructeur ne peut PAS facturer de frais supplémentaires
- III. Les exceptions : quand des frais peuvent être légalement ajoutés
- IV. Comment réagir face à une facturation supplémentaire abusive ?
- V. Conseils pratiques pour éviter les mauvaises surprises
I. Rappel : qu’est-ce qu’un CCMI et quel est son cadre légal ?
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Définition du CCMI
Le CCMI (contrat de construction de maison individuelle) est régi par les articles L. 231-1 et suivants du Code de la construction et de l’habitation. Il concerne :
- La construction d’une maison individuelle ou d’un immeuble d’au plus deux logements destinés au même maître d’ouvrage,
- Lorsque le constructeur fournit également le plan.
Ce contrat offre un régime protecteur : garantie de livraison à prix et délai convenus, garantie de remboursement, assurance dommages-ouvrage, garantie de parfait achèvement, etc.
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Principe du prix forfaitaire et définitif
Le cœur du dispositif est l’article L. 231-2 CCH :
le prix convenu dans un CCMI avec fourniture de plan est forfaitaire et définitif. Cela signifie :
- Aucun supplément ne peut être imposé au maître d’ouvrage sans son accord. • Le prix couvre l’ensemble des travaux nécessaires à la construction telle qu’elle est décrite dans le contrat et ses annexes.
- Le constructeur assume les aléas techniques, sauf exceptions prévues par la loi.
Ce prix ferme et définitif CCMI est un élément d’ordre public contractuel : toute clause contraire est réputée non écrite.
II. Les cas où le constructeur ne peut PAS facturer de frais supplémentaires
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Interdiction des suppléments non prévus au contrat
Un constructeur ne peut facturer des frais supplémentaires que dans deux cas :
- Lorsqu’ils sont prévus expressément dans le CCMI ou ses annexes, • Ou lorsqu’un avenant CCMI est signé ultérieurement par les deux parties.
A contrario, tout supplément imposé unilatéralement est illicite.
Exemples de facturations interdites dans un CCMI prix forfaitaire :
- Frais de dossier, frais administratifs ou « frais de gestion » ajoutés en cours de construction,
- Coûts d’adaptation au sol quand une étude de sol G2 était disponible ou lorsque le constructeur n’a pas respecté son obligation d’investigation,
- Surcoût d’évacuation des terres ou de débroussaillage s’ils n’ont pas été exclus au contrat,
- Majoration du prix au motif d’une augmentation des matériaux ou de l’inflation hors indexation BT01 prévue au contrat.
Le constructeur engage sa responsabilité contractuelle en cas de facturation indue.
2. Protection du maître d’ouvrage
La loi protège le maître d’ouvrage via plusieurs mécanismes :
- Obligation de prix forfaitaire (L. 231-2 CCH)
- Liste exhaustive des travaux compris / non compris (L. 231-2 et R. 231-4 CCH) • Garantie de livraison à prix convenu qui interdit d’imputer au maître d’ouvrage un dépassement de budget lié au constructeur
- Nécessité d’un accord exprès et écrit pour toute modification.
La jurisprudence rappelle régulièrement que tout supplément doit être préalablement accepté, à peine d’inopposabilité au maître d’ouvrage.
III. Les exceptions : quand des frais peuvent être légalement ajoutés
Il existe toutefois des situations où des frais supplémentaires CCMI peuvent être légalement facturés.
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Les avenants signés d’un commun accord
Un avenant CCMI (art. L. 231-9 CCH) peut modifier :
- Le prix,
- Les travaux,
- Les matériaux,
- Les prestations.
Il doit impérativement :
- Être écrit,
- Être signé par le maître d’ouvrage,
- Préciser le nouveau prix global,
- Mentionner les éventuelles incidences sur le délai.
Sans avenant signé, aucune facturation ne peut être exigée.
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Les travaux non prévus au contrat initial
Si le maître d’ouvrage souhaite ajouter des prestations non incluses dans le contrat, cela donne lieu à avenant.
Exemples de travaux pouvant donner lieu à supplément :
- Modification du plan intérieur,
- Ajout d’un garage, d’une terrasse ou d’une extension,
- Changement de matériaux (tuiles, isolants, enduit).
Toutefois, le constructeur ne peut jamais imposer ces modifications : elles doivent émaner du maître d’ouvrage ou être approuvées expressément.
3. Les variations liées à des indices légaux ou réglementaires
Le BT01 (indice national du bâtiment) peut entraîner une variation de prix à condition :
- Que la clause BT01 soit prévue dès l’origine,
- Que l’application soit strictement conforme au texte du contrat,
- Que la variation soit calculée conformément à l’indice publié par l’INSEE.
Sans clause BT01 :
aucune indexation n’est possible.
Autres hypothèses légales de variation :
- Changement de normes réglementaires entraînant des travaux supplémentaires obligatoires (mais la preuve de l’obligation et du surcoût incombe au constructeur), • Prescriptions administratives nouvelles issues du permis de construire modifier (sous réserve d’avenant négocié).
IV. Comment réagir face à une facturation supplémentaire abusive ?
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Vérifier le contrat et les annexes
En cas de facturation supplémentaire, le maître d’ouvrage doit examiner :
- Le CCMI initial
- La notice descriptive (liste exhaustive des travaux compris / non compris) 3. Les plans
- Les avenants éventuels
- Les clauses d’annexion telles que la clause BT01.
Il faut vérifier si :
- Le coût utilisé comme supplément est effectivement hors contrat,
- Le constructeur s’était engagé sur les travaux concernés,
- Un avenant a été signé,
- La facturation correspond à une demande du maître d’ouvrage.
Très souvent, la facturation s’avère infondée car le constructeur n’a pas respecté son obligation de transparence.
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Les recours du maître d’ouvrage
Si la facturation est abusive, plusieurs actions sont possibles :
a. Mise en demeure de retirer le supplément
Lettre recommandée demandant :
- L’annulation du supplément,
- La poursuite des travaux au prix convenu.
b. Saisine du garant de livraison
Le garant peut exiger du constructeur qu’il exécute ses obligations au prix convenu. Cette étape est souvent décisive.
c. Saisine du médiateur de la consommation
Possible pour tenter une résolution amiable.
d. Action en justice
Le maître d’ouvrage peut saisir :
- Le tribunal judiciaire du lieu du chantier,
- Pour obtenir l’annulation des factures abusives,
- Et/ou des dommages et intérêts.
La jurisprudence condamne régulièrement les constructeurs qui tentent de contourner la règle du prix forfaitaire.
V. Conseils pratiques pour éviter les mauvaises surprises
1. Bien lire le contrat avant signature
Le maître d’ouvrage doit impérativement vérifier :
- La liste détaillée des travaux compris / non compris,
- Les mentions relatives au terrassement, VRD, adaptations au sol,
- L’existence ou non d’une clause BT01,
- Les limites de prestations,
- Les hypothèses de surcoûts éventuels.
Une étude de sol G2 AVP réalisée avant signature permet de sécuriser le prix et d’éviter les avenants excessifs.
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Ne pas céder à la pression commerciale
De nombreux constructeurs tentent :
- D’obtenir la signature rapide d’avenants,
- De présenter des travaux comme obligatoires alors qu’ils relèvent de leur responsabilité, • D’imposer des options non prévues.
Le maître d’ouvrage ne doit jamais signer un avenant sans :
- Devis détaillé,
- Justification technique,
- Vérification juridique.
Conclusion
Le prix forfaitaire du CCMI constitue l’un des piliers de la protection du maître d’ouvrage. Légalement, un constructeur de maison individuelle ne peut facturer des frais supplémentaires CCMI qu’à la condition d’un avenant signé ou d’une clause contractuelle valable (comme la BT01).
En dehors de ces exceptions limitées, toute facturation imposée est illicite.
Face à une demande abusive, le maître d’ouvrage dispose de moyens de défense : mise en demeure, saisie du garant, médiation, action judiciaire. Une lecture attentive du contrat, accompagnée au besoin d’un conseil juridique, reste l’outil le plus efficace pour éviter les dérives.
FAQ — CCMI et frais supplémentaires
Le constructeur peut-il augmenter le prix après la signature du CCMI ?
En principe non, car le prix est forfaitaire, ferme et définitif. Une augmentation n’est possible que si :
- Un avenant est signé,
- Ou si une clause BT01 a été prévue.
Quels sont les frais que le constructeur n’a pas le droit de facturer ?
Il ne peut pas facturer :
- Frais administratifs non prévus,
- Coûts d’adaptation au sol en cas de manquement à son devoir d’investigation, • Hausse du prix des matériaux sans clause d’indexation,
- Suppléments imposés sans accord écrit.
Dans quels cas une étude de sol peut-elle justifier un supplément de prix ?
Uniquement lorsque :
- L’étude G2 révèle des contraintes techniques non identifiées auparavant, • Et que ces contraintes étaient clairement exclues du prix initial.
Si le constructeur était responsable de l’étude ou de l’analyse du terrain, il ne peut pas transférer ces coûts au maître d’ouvrage.
Comment contester une facture non prévue dans le contrat CCMI ?
Procédure conseillée :
- Demander au constructeur les justificatifs écrits.
- Vérifier le CCMI, la notice et les avenants.
- Envoyer une mise en demeure.
- Saisir le garant de livraison si besoin.
- En dernier recours, saisir le tribunal.
Qu’est-ce que l’indice BT01 et comment s’applique-t-il dans un CCMI ?
Le BT01 est un indice INSEE permettant d’actualiser les prix de construction. Il ne s’applique que si :
- La clause a été insérée dans le contrat initial,
- La variation est calculée conformément au contrat,
- L’augmentation intervient entre la signature et l’ouverture du chantier (selon la clause). Sans clause BT01 : aucune indexation ne peut être appliquée.


